Les Millennials ont-ils leur place dans le libertinage ?

Sensuelle Estelle 24 décembre 2019

Depuis quelques années, la population libertine se rajeunit. Pas vu d’un très bon oeil par les habitués de longue date, les Millenials ont-ils vraiment leur place dans le libertinage ?

Le libertinage, c'était mieux avant ?

Quelques nostalgiques de leur jeunesse s’enticheraient des injections au Botox. Et désormais, le libertinage deviendrait l’un des meilleurs clients de médecine esthétique depuis ces dernières années. Par exemple, dans les clubs libertins : en 2014, 4% des femmes et 10% des hommes de 18 à 35 ans les fréquentaient (source : ). Rien à voir si l’on fait un bond dans le passé (enfin de seulement huit années, soit en 2006) : 2,5% des femmes et 4,5% des hommes entre 25 et 49 ans s’y rendaient (source : ). Ce rajeunissement est loin de passer inaperçu.

Selon certains habitués du , et notamment sur Wyylde, les jeunes ne sont pas « libertins, mais juste des gosses« . Ou éventuellement des « bébés libertins ».

Cette houle de jeunesse née entre 1980 et les années 2000 (les Millennials) n’aurait donc pas sa place dans ? Et faire partie de la génération des Boomers (nés dans les années 40 à 60) les rendrait-il plus légitime pour s’aventurer dans le libertinage ? C’est ce qu’on essaye de décortiquer face aux plaintes des anciens.

Les jeunes libertin.e.s ont une sexualité trop porno

Ah la pornographie ! Un argument qui ressort par quasiment toutes les bouches de « aguerris » : « Certains semblent plus tourné vers le sexe, la performance…« , un peu comme dans un porno, estime l’un.e d’entre eux. Plus ou moins confirmé par les propos d’un.e autre : « De plus en plus de jeunes personnes pratiquent le libertinage en se croyant dans le porno qu’il ont vu la veille…« .

Certes, le porno mainstream s’est installé rapidement dans leur quotidien. Avec l’apparition d’Internet, le marché du X explose dans les années 2000 et les visites françaises se multiplient sur les sites pornos : elles doublent en 4 ans, passant de 17% en 2005 à 39% en 2009, révèle . Les proportions ne cessent de monter en flèche jusqu’à atteindre 60% du traffic en 2014.

Résultat, les Millenials baignent dans ce monde pornographique : 82% des jeunes de 11-13 visionnaient du porno en 2012 (source : ). Mais est-ce un problème ? Parce que malgré tout, l’éducation sexuelle peine encore à se faire avec les parents et/ou à l’école. Bien que depuis 2001, une loi impose d’informer et d’éduquer sexuellement les jeunes, à raison de 3 séances annuelles.

La pornographie, quant à elle, reste un biais d’informations pour les jeunes. Mais quelles sont réellement les conséquences ? S’il y a évidemment des effets négatifs chez certains, le porno permet de parler librement de sexualité à tout âge, et éventuellement du libertinage. Il permet à défaut de se faire une idée de la sexualité : « Le porno m’a davantage appris sur la sexualité que mes cours de SVT, même si j’ai conscience que tout n’est pas synonyme de réalité », affirme Augustin, âgé de 18 ans dans . Ainsi que de connaître ces fantasmes, d’être plus sûr.e de soi dans sa sexualité, de savoir ce que l’on veut expérimenter. D’autant plus que le porno a sûrement permis d’évoquer le sujet de la sexualité à tous les niveaux, dans les livres, les médias. Désormais, on brise de plus en plus les tabous autour de la sexualité féminine, on sort davantage de la contrainte hétérosexuelle, etc. Donc non, la pornographie n’est pas que négative !

La jeunesse, victime d’un phénomène de mode libertine

Dès l’essor d’Internet dans les années 1960, en parallèle, à la révolution sexuelle, le libertinage s’est au fur et à mesure démocratisé. Et de nombreux clubs libertins ont posé leurs valises dans l’Hexagone.

Ce n’est qu’après les années 2000 qu’Internet fourre son nez dans le libertinage. Bouche à oreille et petites annonces ont vite été bousculés par l’avènement des applis de rencontre et des sites libertins. La sphère libertine s’ancrait dans cette toile virtuelle, un « épanouissement » dont Presse et Télévision ont vite eu vent. De nombreux reportages montraient cette « tendance », notamment Les français l’amour et le sexe sur M6, ou à travers les articles de Paris Derrière. Et par effet domino, ce mode de vie s’est fait connaître, attirant du nouveau monde, mais par forcément « pour les bonnes raisons » selon la communauté déjà installée :

« Je trouve que le libertinage se perd avec l’âge. Dans le milieu du sexe, les jeunes aujourd’hui s’auto-proclament différent aspects sexuels. On trouve des maîtres alpha à gogo, des pseudo libertins partout.. mais en réalité c’est un effet de mode » expliquait l’un.e des libertin.e.s sondé.e.s. Et, le libertinage deviendrait davantage un « rite » de passage ou une volonté de profiter de sexe à gogo : « Cet effet de mode pousse des gens, qui n’ont pas forcément à la base la curiosité de cet état d’esprit, à franchir les portes des clubs. Ils essayent, ensuite, d’appliquer des pratiques dont ils ont entendu parler… On en revient au fait de vouloir cocher les cases« , d’après un.e libertin.e.

Mais est-ce mal ? A-t-on besoin d’adhérer à l’esprit du libertinage pour naviguer dans ce milieu ? Doit-on se flageller de vouloir tester le libertinage juste par envie ? Est-il mal de se retirer du milieu parce que cette expérience ne nous convenait pas, finalement ?

Depuis sa large médiatisation, il devient tout de même plus simple de parler libertinage. Cette image glauque, où seuls les dégénérés et les couples qui vont mal y étaient adeptes, disparaît peu à peu.

La jeunesse libertine, une consommation abusive du sexe

Nombreux sont ceux qui dénotent une attitude plus « consumériste » chez ces néophytes : « Parmi ces nouveaux et nouvelles venu.e.s, et en particulier chez les plus jeunes, j’ai observé des comportements plus emprunts à la consommation » attestait un.e libertin.e interrogé.e. « Les jeunes viennent plus pour consommer que pour réellement partager » affirmait un.e autre libertin.e. Une idée reçue voudrait qu’avec ce libre accès aux sites pornos, à Tinder et ces autres sites de rencontre où le sexe foisonne, les jeunes baisent à tout va.

En réalité, la jeunesse entrerait dans un phémonène de « récession sexuelle », relaté dans . Autrement dit, les nouvelles générations forniquent moins que les anciennes. « De 1991 à 2017, le pourcentage d’élèves du lycée ayant eu des relations sexuelles est passé de 54 à 40% ». Et le passage à l’âge adulte n’y changerait rien : « 15% déclarent n’avoir eu aucun rapport sexuel depuis qu’ils ont » passé la vingtaineCertes, les chiffres concernent en particulier la jeunesse américaine. Mais cette baisse d’intérêt sexuelle s’observe aussi au , en , en , au . Possible donc que l’Hexagone soit aussi touché. À noter qu’un français sur 4 âgé de 18 à 34 ans préféreraient vivre un an sans sexe plutôt que sans smartphone (source : ). Si à cela s’ajoute les témoignages de jeunes Français sur cette sexualité en baisse, comme dans un …

Les jeunes libertins pourraient donc ne pas être aussi consommateurs qu’on ne le croit. Et blâmer les jeunes de ne vouloir du sexe que pour du sexe, sans étape de séduction et sans effort, serait un tantinet hypocrite. Quand d’autres habitués de longue date le feraient également…

Pourquoi ne pas renouer le dialogue avec la nouvelle génération ? Plutôt que d’affirmer que les jeunes ne sont pas libertins, en plus de balancer des « reproches » bien souvent infondés. Qu’elle soit nouvelle ou ancienne, chaque génération peut apprendre de l’une comme de l’autre.

(Photo à la une : Getty Images)

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