Doit-on en finir avec nos fantasmes racistes ?

Flore Cherry 4 juin 2020

Le mouvement Black Lives Matter vient d’ouvrir un nouvel espace d’expression sur les traitements racistes de nos sociétés occidentales. Et le monde de la pornographie ainsi que du libertinage n’en est pas exempt ! Le racisme est aussi à la base de certains de nos ressorts érotiques…

Explorer le monde de la sexualité, celui du libertinage ou celui du , c’est aussi s’armer d’une ouverture d’esprit assumée, c’est aimer la zone de liberté que ces deux mondes proposent, et cela ne va pas sans accepter également de jouer avec nos stéréotypes, inspirés de la vie réelle.
La soumission féminine ? Aucun souci, même avec une gamelle et une laisse. Les simulations de viol ? Un classique du genre très apprécié, surtout avec les menottes. Le jeu du professeur et de l’écolière ? Un basique, avec les petites couettes infantilisantes en prime.

Et celui du noir qui vient jouer les étalons sauvages dans un couple de blanc candauliste ? Et les gangs bangs de noirs, un peu voyous, avec une jeune blanche effarouchée au milieu ?
Pour le milieu du porno, comme celui du libertinage, ces fantasmes racistes font partie de la panoplie classique proposée.

Mais ça commence à faire grincer des dents..

Le monde du porno : quand « l’interracial » rapporte plus

Ebony ass, BBC, Black, les tags pornographiques qui fétichisent les noirs et jouent sur les stéréotypes de la performance et des attributs sexuels plus développés (les fesses, les sexes, les muscles…) fleurissent sur les plateformes de porno « mainstream ».
Mais être noir et acteur porno, ce n’est pas juste être réduit à un « tag ».

La réalité économique de l’industrie traduit celle de nos fantasmes : faire l’amour avec un noir quand on est blanche (= pratiquer l’interracial) rapporte plus d’argent à l’actrice qu’une scène classique entre blancs, certaines actrices vont jusqu’à refuser de tourner avec des noirs ou des personnes « bronzées » pour des raisons morales, et il n’y a que très peu de place pour les actrices noires dans les catégories MILF ou Mature.

Carmina du site dénonce ces pratiques contestées : « Ce n’est pas officiel, mais aux Etats-Unis, certains performers affirment que les grosses boîtes de productions ont des quotas en fonction des couleurs de peau. Si tu es noire, et qu’ils ont filmé X performers noirs sur les trois derniers mois, tu pourrais ne pas être embauchée. Cette problématique est un miroir de la société ! Ces business sont la plupart du temps dirigés par des hommes blancs, il n’y a pas assez de femmes à la tête, pas assez de personnes LGBT, pas assez de personnes racisées, et donc on retrouve les mêmes stéréotypes nauséabonds… »

La rédactrice en chef du site internet phare de la culture porno a décidé de lancer son propre site internet, , où « personne n’est identifié par rapport à son physique, seules les pratiques sexuelles sont parfois mentionnées. Le porno manque de diversité et d’inclusion, et c’est ce que je veux insuffler à ma plateforme. Je souhaite mettre plus de performeurs et performeuses non blancs en avant. »

Les noirs dans le milieu libertin, une place très codifiée…

Vous avez peut-être déjà entendu parler du cuckolding ? Il s’agit d’une pratique de domination sexuelle, dérivée du candaulisme, où un couple, souvent blanc, cherche à être humilié par un étalon. Si tous les couples ne cherchent pas nécessairement un partenaire noir, certains le précisent plus clairement dans leur annonce et vont jouer sur les différences ethniques, réelles ou supposées, entre les deux couleurs de peau.

L’homme noir pourra alors humilier l’homme blanc en méprisant ses compétences sexuelles et ses attributs, et en jouant sur la possibilité d’enfanter sa femme d’un petit métis. Un adultère qui serait alors visible aux yeux de tous.

Mais au-delà de l’humiliation, l’homme noir peut fasciner et être placé sur un piédestal. Eve de Candaulie, auteure d’ (ed. La Musardine) y voit une formidable discrimination positive. Dans son livre, elle explique adhérer au terme « Queen of Spades » : «The Queen of Spades» (la reine de pique ♠), est une femme mariée ou non, qui affirme clairement son goût pour les hommes à la peau couleur ébène ou café serré. «BAB» est la version française, moins poétique, qui signifie «Blanche à Black». Je ne m’en cache pas, j’ai particulièrement un faible pour les bonnes grosses queues blacks et les gang bangs blacks. Pourquoi? Juste pour une question d’intensité sexuelle si l’homme est hyper «athlétique» et TTBM, ou «BBC» (signe anglais pour «Big Black Cock»).»

Pour et auteure adepte des pratiques candaulistes, il n’y a pas de mal à jouer sur les stéréotypes ethniques tant que tout le monde est consentant : « Il y a beaucoup de noirs qui jouent de leur réputation dans le milieu libertin, ils font de la salsa, s’entretiennent, n’hésitent pas à être charmeurs. Certains montent même des petites équipes car ils savent qu’ils répondent à une demande de gang bang féminine et n’hésitent pas à ramener leurs copains si c’est le fantasme de leur amante. Il y a un côté très partageur que certains hommes blancs n’ont pas… »

Des fantasmes qui dérangent pourtant Tatiana, femme noire, consommatrice de porno, et à la tête du site : « Je sais que ces jeux érotiques sont à l’image de la société, mais moi je suis assez gênée de ce contenu. Le problème n’est pas qu’une couleur de peau soit fétichisée, c’est qu’il y a une hiérarchie : la couleur « blanche » est la norme et la « noire », une forme d’exotisme. Je ne me retrouve pas dans les représentations de l’actrice X très « sauvage », à fort caractère, assez agressive. Et j’ai du mal avec les représentations de noirs en voyous ou sur-membrés. »

Des stéréotypes fantasmés qui s’invitent également dans le quotidien de cette rédactrice en chef, quand des inconnus présupposent une sexualité débridée de « noire » et l’appellent « ma panthère ». Ce ressenti et ce ras-le-bol est également partagé par des performeurs noirs aux Etats-Unis, lassés des représentations racistes dans le porno. « Le mouvement BLM a permis au milieu du porno américain de s’exprimer sur une question cruciale et d’espérer une évolution dans un futur proche. » peut-on lire dans .

Pour rappel, le monde du porno, comme celui du libertinage, est une vieille industrie qui s’est développée lors de la révolution sexuelle dans un contexte moins éclairé sur les minorités, la question de genre ou sur la fluidité sexuelle.

A la jeune génération de reprendre le flambeau (et vite!), et d’y remodeler un univers plus diversifié….

(Image à la une : Blacked.com)

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À propos de l’auteur
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Journaliste, blogueuse et organisatrice d'événements dans le milieu de l'érotisme, je suis une jeune fille cul-rieuse qui parle de sexe sans complexe (et avec une pincée d'humour, pour que ça glisse mieux !)

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  • Alix

    Oui…sauf que très souvent, les clichés racistes (taille du pénis,sexualité débridée) sur les Noirs sont véhiculés par les Noirs eux-mêmes. Article hors sol.

detidom.ru