Une journée avec une dominatrice professionnelle

James-Nicolas de Sade 17 février 2020

Depuis 50 Nuances de Grey, les pratiques BDSM se sont normalisées.
Rencontre avec une domina professionnelle afin d’en savoir plus sur ce monde de la domination

« La souffrance est la récompense, Maîtresse. »
Cette phrase, celle d’un soumis à sa maîtresse, est caractéristique d’une pratique sexuelle de plus en plus répandue, le BDSM  (Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Sado-Masochisme)

C’est dans ce domaine qu’exerce Lady Bellatrix , dominatrice professionnelle depuis plus de 10 ans. Cette Canadienne d’origine a appris tout ce qu’elle sait sur le BDSM lorsqu’elle vivait en Angleterre et vit désormais à Paris. D’où son surnom de « Maîtresse Parisienne » qu’elle préfère à celui « Queen of Mean » .  Elle a accepté de nous ouvrir les portes de son donjon et nous parler de son métier de domina et la routine quotidienne qui en découle.

Différents accessoires de domination (fouets, menottes, cache-yeux)

Dans l’intimité d’une dominatrice professionnelle

Le matin, petit-déjeuner, 10 heures, Bellatrix se prépare et prépare ses accessoires. « Le nettoyage c’est ce qui prend le plus de temps » dit-elle. « Je dois nettoyer et mes sextoys, et mes combinaisons, tous les jours et après chaque session. » À 12h, la « journée de travail » commence : « Je ne reçois qu’entre 12h et 20h« . Lorsque n’est pas en session de domination, elle fait de la webcam ainsi que de la domination téléphonique.

Elle consulte alors les demandes via son propre site ainsi que ses annonces sur d’autres sites spécialisés. Elle analyse chacune des demandes des soumis qui lui écrivent. Ses conditions sont très claires : caution obligatoire et pas de réservation pour le jour même. Rien de nouveau en ce mois de février : « À cette période de l’année, j’ai très peu de nouvelles demandes. Cela s’améliore au Printemps heureusement »

Sextoys, lubrifiants et produits de nettoyage

À 14h, elle a rendez-vous avec un habitué pour une session de 90 minutes. Au programme : fists, coups de fouets, de cravaches, le tout suspendu en l’air par des menottes. Nous la revoyons après sa session, en train de nettoyer sa combinaison en latex et celle de son soumis ainsi que ses jouets. « Quand j’ai une session avec combinaison, le supplément financier sert à amortir mon temps de ménage après » dit-elle en souriant. C’est le même rituel à chaque nouvelle session. Puis plus rien pour le reste de la journée. Elle alterne entre annonces et téléphone rose. Elle voit son travail comme étant un job « ultra-prenant ». Elle dit que : « Pour faire ce travail, il faut être polyvalent. Cela signifie faire du marketing, de l’édition, du graphisme, du réseautage. Si on veut attirer les clients, c’est le seul moyen. »

« Le plus important, c’est le jeu de rôle »

L’humiliation, la soumission, la punition autant de termes qui reviennent dans la domination professionnelle. Ils se manifestent par un usage quotidien de sextoys, de toutes les tailles. « Je leur ai donné un petit nom à chacun » nous raconte Lady B. Elle utilise toutes sortes d’accessoires répandus et connus dans le monde du BDSM tels que des pinces à seins, cockrings,  et autres plugs anaux et cordes de shibari.

Mais il n’y a pas que l’aspect physique qui compte, c’est la dimension psychologique qu’il faut savoir maîtriser dans la domination. « Le plus important, c’est le jeu de rôle. » affirme-elle « Lorsque mes soumis s’adressent à moi, ils savent qu’il y a un certain respect à avoir. » Ils doivent toujours l’appeler « Maîtresse » et lui être entièrement dévoués, lui obéir à tout prix « sinon ils en assument les conséquences. »

« Je dois être une infirmière, une psychologue, une séductrice et en même temps rester très stricte. » La discipline et la soumission sont obligatoires. « Cela m’est déjà arrivé de refuser des clients car ils étaient trop irrespectueux. » Que ce soit par mail ou lors d’une session, la soumission ne doit pas être remise en question.

Masque à gaz pour domination

Une vie quotidienne somme toute « banale »

En dehors de sa profession, Bellatrix. à une vie tout à fait banale : « J’aime sortir, me balader, aller dans les bars, boire un verre de temps en temps. » Pour elle, pas besoin d’exposer à tout le monde qu’elle est dominatrice professionnelle. Elle souhaite « avoir une vie comme tout le monde. » Cela signifie « se balader tranquillement avec ses amis » dehors, aller au restaurant « manger un  bon hamburger. » Elle peut tout aussi bien aller au musée qu’aller voir « des concerts de metal. » « Je ne suis dominatrice professionnelle que lorsque je travaille, sinon je suis une femme simple. »

Elle confie d’ailleurs que c’est le plus dur dans cette profession : « C’est compliqué de trouver un équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle. Il faut essayer de détacher les deux c’est cela le plus pénible. » Son « Donjon » se situe dans son propre logement, difficile donc d’avoir une liberté totale. « Je voudrais avoir un chat, mais imaginez s’il arrive en plein milieu d’une session. » dit-elle en rigolant. Les donjons spécialisés n’existant pas en France car assimilés à des maisons closes et donc du proxénétisme. « J’aimerais pouvoir ouvrir un donjon autogéré, sans personne au-dessus de moi. »

Finalement, le point positif majeur de ce travail pour elle est l’autonomie : « Je n’ai pas de patron. Si un jour je ne veux pas travailler je ne travaille pas. Je peux me coucher à 5 heures du matin et me réveiller à l’heure que je veux sans problème. » Elle conclut en disant qu’il : « faut une pointe d’humour, afin que ce soit agréable et pour la maîtresse et pour le soumis, surtout que certains soumis ont parfois des comportements imprévisibles. »

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