Carla, esclave et femme libre

Flore Cherry 16 mars 2016

Carla est une blogueuse, une écrivaine, une femme mariée, mais la dénomination qu’elle préfère, c’est celle d’ « esclave ». Avec son mari et maître Basticx Virx, elle partage des jeux sensuels aux couleurs BDSM qu’elle relate sur son blog carla-blog.fr.
Une façon de partager son ressenti et de mieux faire comprendre un plaisir qui s’éloigne des clichés de « 50 Nuances de Grey ».
Rencontre avec une femme qui a trouvé sa liberté dans les chaînes.

detidom.ru  : Bonjour Carla ! C’est quoi pour toi être « soumise », comment as-tu su que tu l’étais ?

La façon dont on vit sa soumission dépend de ce que nous sommes au plus profond de nous-même. La réponse que je vais donc te donner est vraiment personnelle et n’engage que moi. Pour moi, être soumise, c’est faire don de soi à celui qu’on choisit pour être son Maître. C’est vivre pour satisfaire son Maître. Pour être et faire tout ce qu’Il attend de nous et Lui donner du plaisir. C’est vouloir être éduquée par Lui à être toujours meilleure. C’est vivre pour Lui et à travers Lui. C’est beau, sublime même. C’est puissant et véritablement gratifiant contrairement à ce que beaucoup de personnes peuvent penser. Le Maître fait progresser Sa soumise en permanence, pour Lui, mais aussi pour elle, personnellement.

En ce qui me concerne j’ai enfoui mes désirs de soumission si profondément pendant la première partie de ma vie que je n’en avais pas du tout conscience. Au contraire, j’étais celle qui décide de tout, tout le temps et pour tout le monde, même pour mon mari. J’ai un fort caractère et n’ai jamais eu de difficulté à me faire obéir quand je le souhaite (et c’est toujours le cas d’ailleurs, notamment dans ma vie professionnelle). Mais durant l’été 2013 j’ai lu la trilogie des 50 nuances de Grey. J’ai alors découvert que les scènes de domination m’excitaient énormément. J’en ai parlé à mon mari qui fût très réceptif à mon aveu. Nous avons alors commencé à jouer un peu de manière sporadique jusqu’à ce que je ressente en moi le besoin que ça aille plus loin. Qu’il me soumette vraiment. Il en avait également envie alors nous avons participé à une soirée BDSM et nous avons été initiés. Ce soir là, j’ai gouté à ce que je souhaitais être au plus profond de moi-même : être soumise. Depuis cette première fois j’ai su que j’en voudrai plus. Que, pour moi, ce n’était pas un jeu qui se cantonnerait à la chambre à coucher. Les débuts n’ont pas toujours été simples, mais mon mari est devenu mon Maître. Il a fait de moi Sa soumise dans la permanence et la quotidienneté. Et je suis la plus heureuse du monde d’être à ma place. Je suis épanouie comme jamais je ne l’ai été !

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Esclave Carla / carla-blog.fr

Esclave Carla par Basticx Virx

detidom.ru : Ton Maître est aussi ton mari, comment arrives-tu à gérer la vie quotidienne ?

Cela a été difficile durant les mois où j’étais parfois Sa soumise (quand Il le souhaitait) et parfois j’étais la même qu’avant. Là, il y a avait un gros décalage entre ce que j’étais au fond de moi et ce que je vivais. À partir du moment où mon Maître a accepté de faire de moi Sa soumise au quotidien tout est devenu très simple. Je n’ai plus eu à me poser toutes ces questions qui m’empêchent d’être heureuse. Je sais que je Lui dois obéissance et respect en permanence, même si je suis fâchée ou fatiguée par exemple. Ce qui est un garde-fou non négligeable pour moi qui ai tendance à me transformer en un espèce de monstre qui détruit tout sur son passage si l’on ne me freine pas. Il est le garant de mon bien-être en permanence. Je suis contrainte mais c’est ce qui me permet d’aller bien et de ne pas déborder. Bien entendu il y a des moments où c’est plus difficile comme dans n’importe quel couple. Mais cela coïncide toujours avec des périodes où Il est très occupé et n’a pas le temps de me tenir. Alors je me sens mal et je reprends les mauvaises attitudes que je pouvais avoir avant (impulsivité, colère…). La responsabilité du Maître dans la qualité de la relation est immense et très prenante. Il ne s’agit pas de donner des ordres une fois de temps en temps et de ne rien faire d’autre. Il se doit d’être là pour Sa soumise et de s’en occuper, de la faire progresser. Il ne faut pas négliger la difficulté d’être un bon Maître.

Je tiens à préciser que je suis toute même très libre. Je ne suis pas cloitrer chez moi. La seule chose qui diffère avec un autre couple c’est que je vais demander l’autorisation à mon Maître pour la plupart de mes actions personnelles (bien entendu pas professionnelles !). Je ne suis pas non plus attentiste ou dépourvue de personnalité. Je n’ai pas perdu mes facultés de réflexion en devant soumise en permanence. Je n’ai juste plus le pouvoir de décider. J’ai toujours celui de dire ce que je pense, ce que j’aimerai, ce dont je n’ai pas envie. Je ne suis juste plus décisionnaire. Mais cela nous convient parfaitement ! Nous formons un couple plus heureux encore qu’avant. Notre choix de vie s’est fait de manière consensuelle et nous ne regrettons absolument pas cette nouvelle vie qui s’offre à nous depuis plus d’un an maintenant.

Esclave Carla / carla-blog.fr

Esclave Carla par Basticx Virx

detidom.ru : Qu’est-ce que tu conseillerais à une femme ou à un homme qui souhaite franchir le cap ?

Si cette personne est en couple je lui conseillerais d’en parler et de ne surtout pas garder ça pour elle ! Sincèrement j’ai eu énormément de mal à sauter le pas car j’ai eu vraiment très peur de la réaction de mon mari. J’ai eu peur qu’il me regarde différemment. Qu’il me renie même. Alors qu’au fond il y avait déjà plusieurs signaux dans notre vie sexuelle qui pouvaient me montrer que sa réponse ne risquait pas d’être celle là. Et surtout parler, parler et encore parler. Communiquer est indispensable au début et après. N’ayez pas peur d’être jugé(e) cela ne mènera à rien. Ouvrez un dialogue.

Si cette personne n’est pas en couple je lui dirais de faire attention à tous les dominants que l’on peut trouver si facilement sur la toile désormais mais qui n’en sont pas forcément, ce sont juste des profiteurs. Cherchez à rencontrer des personnes qui font partie de ce monde sans chercher pour autant un Maître ou une Maîtresse tout de suite. Déjà pour faire connaissance, en apprendre sur cet univers. Il a des munchs organisés dans beaucoup de villes de France qui sont des temps où des personnes de la communauté BDSM se rencontrent dans un lieu public pour échanger sur des thèmes et accueillir des gens qui souhaiteraient se renseigner.

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Esclave Carla / carla-blog.fr

Esclave Carla par Basticx Virx

detidom.ru : Dans tes textes, quelle est la part d’autobiographie ? La part de fantasmes ?

Sur mon blog, vous ne trouverez qu’un seul texte romancé . Pour le reste, tous les articles que je publie sur mon blog sont 100% autobiographiques. C’est vraiment l’endroit où je viens mettre en mots tous mes ressentis positifs comme négatifs qui émanent de ma condition de soumise. C’est le lieu où je m’exprime ouvertement sans tabou ni pudeur. J’y parle de sexe sans détour, de pratiques SM, mais aussi de ma condition. J’y livre mes expériences, mes difficultés et mes évolutions. Je n’ai pas honte de ce que je suis, pratique ou pense. Et j’ai envie de pouvoir le partager. Pour des personnes qui font partie du même monde que moi mais aussi pour toutes les personnes qui auraient envie de voir comment cela peut se passer. J’ai envie de montrer que le BDSM c’est beau et que ça n’est pas glauque. Ma vie ne ressemble pas aux vidéos que l’on peut voir quand on tape « BDSM » dans la partie vidéo de google !

J’aime écrire depuis très longtemps et je l’ai toujours fait lors de moments véritablement marquants dans ma vie. Aujourd’hui c’est en toute logique que je ressens ce besoin de venir coucher par écrit ce que je ressens au plus profond de moi-même.

Pour mon Maître, c’est une source d’informations inégalable sur mon évolution car, même si nous discutons énormément, mes écrits sont élaborés avec énormément de travail personnel. Il me faut plusieurs heures pour écrire un article qui se lit pourtant très vite. Je vais chercher au fond de moi toutes les sensations qui m’ont traversées, je les analyse, les décortique et les retranscris. C’est une sorte de pur concentré sur ce que je vis et ressens.
Pour toutes ces raisons il ne sera toujours présent que des écrits autobiographiques sur mon blog. En revanche, j’ai été sélectionnée pour une nouvelle à paraître dans un prochain « Osez 20 histoires », et là, il s’agit d’un écrit romancé.

Esclave Carla / carla-blog.fr

Esclave Carla par Basticx Virx

detidom.ru : Que penses-tu du phénomène 50 Nuances de Grey ?

Contrairement à la plupart des personnes qui font partie du monde BDSM je serai plus tempérée. Ce livre a été montré du doigt par la communauté et décrié. Aujourd’hui, je comprends pourquoi. L’histoire ne reflète en aucun point ce que nous pouvons vivre dans une relation Maître/soumise. La première raison étant que Mr Grey force d’une certaine façon Anastasia à devenir une « soumise ». Or nos relations se font entre adultes consentants. Le consentement, c’est la base de la relation. La soumise doit adresser à un dominant sa demande de devenir Sienne et s’Il l’accepte, le couple Maître/soumise naît. Rien de tout cela ne se passe dans cette trilogie. Pour cette raison et bien d’autres, je comprends le rejet de la plupart des personnes qui vivent réellement une relation Maître/soumise. Cependant, c’est pour moi le début de toutes mes révélations. Sincèrement, si je n’avais pas lu ces livres durant cet été 2013 je ne sais pas si je serai aujourd’hui celle que je suis… Cette histoire, aussi critiquable soit-elle, peut avoir aussi le mérite de révéler des désirs totalement enfouis chez certaines personnes. Comme moi… Et je pense aussi qu’elle a peut-être aidée plusieurs couples à sortir de leur ronron quotidien dans leurs pratiques sexuelles. Sans devenir des pratiquants du BDSM je pense que cela a permis à certains de pimenter un peu leur sexualité et ça c’est une très bonne chose !

Par contre, ce dont il faut se méfier avec le phénomène que cette trilogie a entrainé c’est justement des personnes qui s’autoproclameront du jour au lendemain dominant. D’où l’importance de se tourner vers des personnes de confiance comme je le disais précédemment. De même, ce n’est pas parce que l’on aime bien la fessée érotique ou se faire tirer les cheveux pendant un rapport que l’on est soumise. Nuance…

À propos de l’auteur
Flore Cherry

Flore Cherry

Journaliste, blogueuse et organisatrice d'événements dans le milieu de l'érotisme, je suis une jeune fille cul-rieuse qui parle de sexe sans complexe (et avec une pincée d'humour, pour que ça glisse mieux !)

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